Clemens Vahrmeyer hypnose & accompagnement

La pratique de l’aïkido : un modèle inspirant pour l’accompagnement socio-thérapeutique et le travail sur soi

Dans le cadre de mon congé sabbatique, je partage mon expérience personnelle avec l’aïkido. Dans cet article, j’explore les parallèles que je trace avec l’approche thérapeutique des Internal Family Systems (IFS) — une découverte récente. Cette rencontre entre pratique corporelle et travail intérieur nourrit ma réflexion sur l’accompagnement, l’acceptation de soi et le dialogue intérieur.

L’aïkido : une voie de transformation

Lorsque j’ai pris la décision de consacrer mon congé sabbatique à la pratique de l’aïkido, je pressentais déjà que cette discipline m’apporterait bien plus qu’une simple amélioration physique et technique. L’aïkido invite à transformer la confrontation en harmonie, à ne pas lutter contre la force de l’attaquant mais à l’intégrer et la rediriger.

C’est cette vision du budō (voie martiale) que Morihei Ueshiba, fondateur de l’aïkido, a développée : pour lui, qui avait vécu les atrocités de la guerre, le budō ne pouvait plus se réduire à une simple maîtrise technique martiale, mais devait être une voie de transformation personnelle et spirituelle.

Ueshiba considérait que le véritable budō ne cherchait pas à vaincre un adversaire, mais à réconcilier les forces en présence. Il affirmait que le but ultime du budō devait être « la paix, l’amour et la protection de toute chose ».

Un apprentissage exigeant

L’aïkido, en tant que voie, devient alors une philosophie du mouvement et de la relation à soi et aux autres. Cette pratique m’indique comment mieux être en harmonie avec mon environnement et avec moi-même. Après une longue interruption de seize ans, j’ai repris l’entraînement dans des dojos qui enseignent un style très différent de celui que j’avais connu auparavant. Cette reprise me confronte à certaines difficultés : de la frustration, de l’incompréhension et parfois la sensation d’avoir tout à recommencer, alors que mon niveau était auparavant assez avancé.

Mais ces moments difficiles ne sont pas réservés aux débutants. Chaque partenaire, chaque interaction sur le tatami, avec sa personnalité propre, représente un défi d’adaptation. Et ces adaptations réussissent plus ou moins bien selon la situation. Cela génère parfois des questionnements, des doutes, et parfois aussi des moments de fierté ou de satisfaction. Sur le tatami, je n’affronte pas seulement l’autre, j’affronte surtout mon propre ego, qui réagit avec ses automatismes.

La confrontation intérieure : un défi quotidien

Ce n’est pas seulement durant l’entraînement que je rencontre ces difficultés. Alors que ce congé était censé être un temps de ressourcement et de réalisation de projets personnels, je me retrouve encore et encore confronté à mes limites, à mes frustrations, dans ma vie de père, de conjoint, d’homme qui a parfois l’impression de ne pas avancer, malgré tous mes efforts. Actuellement, ce sont aussi mes genoux qui imposent une pause, suite à une inflammation apparue après deux week-ends de stage. Encore une frustration… ou bien une opportunité de travailler avec la partie de moi qui réagit avec frustration ?

Je réalise que dans mon quotidien professionnel habituel, entouré de collègues et de bénéficiaires, il m’était plus facile d’échapper aux émotions difficiles, car mon attention était naturellement tournée vers les autres. Durant ce congé, avec plus de temps pour moi, je me retrouve plus souvent face à mes pensées, mes émotions, mes croyances. Et je me rends compte – une fois de plus – que ce sont avant tout mes propres filtres intérieurs qui m’obstruent la vue sur un monde plein de possibilités.

L'accompagnement avec l' Internal Family Systems (IFS) comparé à l'aïkido : des postures similaires

Confronté à ces adversaires intérieurs, je découvre une forme d’aïkido intérieur. Mes recherches personnelles m’ont amené à explorer le modèle thérapeutique des Internal Family Systems (IFS) (Schwartz, 2023), que j’aborde à la fois par la théorie (lectures) et la pratique, grâce à l’accompagnement d’une chère collègue hypnothérapeute, ainsi qu’à travers le travail que je mène avec des proches ou des clients.

Dans l’aïkido, la confrontation dans un rapport de force est évitée. Plutôt que de bloquer ou repousser une attaque, on la redirige, on l’accompagne. Tori (celui qui exécute la technique) entre en concordance avec la force de l’attaquant pour transformer la dynamique du conflit. Ce principe repose sur l’acceptation de ce qui est. L’attaque existe : je ne la nie pas, je ne la fuis pas, je la reconnais et j’agis avec elle.

Il en va de même dans l’approche IFS. Ce modèle propose que nous sommes composés de différentes parties intérieures, chacune ayant ses rôles, ses blessures, ses stratégies. Certaines de ces parties peuvent être protectrices, d’autres sont porteuses de douleurs profondes, et parfois, elles semblent s’opposer ou nous empêcher d’avancer. Le travail commence par les accueillir : « Je vois que tu es là, et je t’accepte ». Cette posture d’acceptation est essentielle et permet d’ouvrir un dialogue avec ces aspects de soi, au lieu de les combattre ou de chercher à les faire taire.

La guidance bienveillante en aïkido et en accompagnement

Les parallèles entre l’IFS et l’aïkido me paraissent évidents et résonnent aussi avec d’autres approches socio-thérapeutiques que j’utilise. Dans l’aïkido, l’attaquant doit accepter de se laisser guider, et les rôles changent constamment : Uke (celui qui attaque et qui « reçoit » la technique) et Tori (celui qui la « donne »). L’accompagnant est aussi dans cette posture : il s’adapte, sait où il veut amener, mais sans forcer. Et, idéalement, il apprend au client à incorporer ces deux rôles en lui-même, avec bienveillance et détermination.

En IFS comme en hypnose moderne, ce n’est pas le thérapeute qui a la solution. Il accompagne, guide le client vers l’intérieur. C’est le client qui est l’expert de sa réalité. Si je veux imposer ma vision, il y aura confrontation. (Elle peut aussi avoir lieu, parfois être utile. Mais cet un mode de communication bien connu, et ce n’est pas le sujet ici.)  Comme en aïkido : si je mets de la force, je crée à mon tour une résistance chez celui qui doit être guidé et, à partir de là,  ce n’est plus de l’aïkido. Quant à la thérapie, quant à l’accompagnement : au moment où le client est en mouvement, je n’ai qu’à veiller à ce qu’il reste dans cet état de flux, et l’observer faire la thérapie lui-même.

L’entraînement intérieur : une pratique continue

Et pour le travail sur soi-même, il ne s’agit pas d’écarter ou de rejeter les aspects problématiques qui se présentent – pensées, émotions, ressentis – mais de les accueillir avec curiosité et compassion. Pour l’avoir vécu personnellement, je peux confirmer que c’est ainsi qu’une transformation devient possible. Parfois, cette transformation n’est que momentanée. Mais c’est un entraînement. Comme un de mes formateur en hypnose dit toujours:  « La première fois, on découvre. La deuxième fois, on apprend, et à partir de la troisième fois on sait le faire. » On commence à intégrer et à créer une nouvelle habitude. Comme dans l’apprentissage d’un mouvement. J’apprends. Parfois, une partie de moi, que j’appelle « le fainéant », veut m’inciter à faire des raccourcis. Parfois, c’est une autre partie, celle qui doute et qui critique, qui me demande à quoi tout cela est bon. Elle dit : « Laisse tomber ». Ces voix intérieures sont aussi des partenaires qui m’offriront encore bien des occasions d’entraînement. Pour la suite de ce congé sabbatique, une semaine de retraite silencieuse m’attend. Une part de moi s’en réjouit, une autre appréhende. J’y trouverai sans doute de nouvelles opportunités à écouter ces différentes voix et de faire de l’aïkido en et avec moi-même. Je vous en parlerai dans un prochain article.

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